Algie vasculaire de la face : comprendre cette céphalée rare et invalidante
- Par Myriam Gorzkowski, mis à jour le 29/01/2026 à 16h01, publié le 29/01/2026 à 16h01
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Qu’est-ce que l’algie vasculaire de la face ?
L’algie vasculaire de la face (AVF), également appelée cluster headache en anglais, est une maladie neurologique rare qui se manifeste par des douleurs extrêmement intenses localisées au niveau du visage et du crâne. Elle fait partie du groupe des céphalées trigémino-autonomiques, c’est-à-dire des maux de tête associés à une activation du nerf trijumeau et du système nerveux autonome.
Contrairement aux céphalées de tension ou aux migraines classiques, l'algie vasculaire de la face se manifeste par des crises de douleur unilatérale (d'un seul côté du visage) extrêmement violentes.
Elle touche environ une personne sur 1 000. L’AVF est considérée comme l’une des douleurs les plus sévères connues en médecine. Elle touche principalement l’adulte jeune ou d’âge moyen, avec une prédominance masculine, même si les femmes peuvent également être concernées.
On distingue généralement deux formes :
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La forme épisodique : Les crises surviennent par périodes (appelées "boutades") durant plusieurs semaines ou mois, entrecoupées de phases de rémission totale.
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La forme chronique : Les crises se produisent sans rémission, ou avec des périodes de rémission inférieures à un mois sur une année.
Les caractéristiques de la douleur
Une douleur très intense et localisée
La douleur de l’algie vasculaire de la face est typiquement unilatérale, c’est-à-dire qu’elle touche un seul côté du visage. Elle est le plus souvent située autour de l’œil, de la tempe ou du front. Les patients décrivent une douleur brûlante, transperçante ou en coup de poignard, d’une intensité extrême.
Contrairement à la migraine, la douleur n’est généralement pas pulsatile et atteint très rapidement son intensité maximale, souvent en quelques minutes.
Des crises brèves mais répétées
Les crises durent en général entre 15 minutes et 3 heures. Elles peuvent survenir une à plusieurs fois par jour, parfois jusqu’à huit crises quotidiennes. Ces épisodes douloureux surviennent sur des périodes appelées « périodes de grappes » ou « clusters », qui peuvent durer plusieurs semaines à plusieurs mois, séparées par des phases de rémission plus ou moins longues.
Les signes associés aux crises
Des symptômes autonomiques caractéristiques
Lors d’une crise d’AVF, la douleur s’accompagne fréquemment de signes visibles du même côté que la douleur, tels que :
- rougeur de l’œil,
- larmoiement,
- congestion ou écoulement nasal,
- chute de la paupière,
- rétrécissement de la pupille,
- transpiration du visage.
Ces manifestations sont liées à l’activation du système nerveux autonome et constituent un élément clé pour le diagnostic.
Une agitation fréquente
Contrairement aux personnes migraineuses qui cherchent souvent le calme et l’obscurité, les patients souffrant d’algie vasculaire de la face sont souvent agités pendant la crise. Ils peuvent avoir besoin de marcher, de se balancer ou de changer constamment de position en raison de l’intensité de la douleur.
Causes et mécanismes biologiques de l'algie vasculaire de la face
Les causes exactes de l'algie vasculaire de la face ne sont pas encore totalement élucidées, mais la recherche scientifique pointe vers un dysfonctionnement de l'hypothalamus. Cette zone du cerveau fait office d'horloge biologique interne, ce qui expliquerait la régularité quasi millimétrée des crises (souvent à heures fixes, notamment la nuit).
Le système trigéminal est également impliqué : l'activation de ce nerf provoque la libération de neuropeptides inflammatoires, entraînant une dilatation des vaisseaux sanguins cérébraux et la douleur intense caractéristique.
Durant une période de crise (boutade), certains facteurs peuvent précipiter l'apparition d'une attaque :
- L'alcool : C'est le déclencheur le plus puissant, même en très faible quantité.
- Le tabac : Une forte corrélation existe entre le tabagisme et l'AVF.
- La chaleur : Une augmentation de la température corporelle ou environnementale.
- Les odeurs fortes : Parfums, produits d'entretien ou solvants.
Diagnostic : ne pas confondre avec la migraine
Il est fréquent que l'AVF soit initialement confondue avec une migraine ou une sinusite chronique, ce qui retarde la prise en charge adaptée. Pourtant, plusieurs éléments permettent de les différencier :
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La durée : La crise d'AVF est plus courte que la migraine (qui dure de 4 à 72 heures).
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La fréquence : L'AVF peut provoquer jusqu'à 8 crises par jour.
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Le comportement : L'agitation contre l'immobilisme.
Une imagerie cérébrale (IRM) est généralement prescrite lors du premier diagnostic pour écarter toute autre pathologie sous-jacente. Il n’existe pas d’examen biologique ou d'imagerie qui confirme à lui seul l'AVF. Le diagnostic est clinique : il repose sur l'interrogatoire minutieux du patient par un médecin (souvent un neurologue). Une IRM cérébrale est toutefois fréquemment prescrite pour écarter d'autres pathologies pouvant mimer ces symptômes.
Les traitements de la crise et de fond de l'algie vasculaire de la face
La prise en charge vise deux objectifs : stopper la douleur immédiate et prévenir la récurrence des crises.
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Traitement de la crise : L’oxygénothérapie à haut débit (administrée via un masque) est le traitement de référence. Elle agit rapidement sans effets secondaires notables. Des médicaments spécifiques, comme les triptans injectables, sont également utilisés pour leur rapidité d'action.
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Traitement de fond : Indispensable lors des périodes de grappes, il sert à réduire la fréquence des attaques. Il nécessite un suivi médical régulier par un spécialiste.
L'impact sur la qualité de vie
L’algie vasculaire de la face est une maladie profondément invalidante. L’imprévisibilité des crises et leur violence extrême impactent lourdement la vie sociale, professionnelle et psychologique des patients. Une prise en charge adaptée, un diagnostic précoce et un accompagnement médical régulier permettent toutefois d’améliorer significativement le quotidien des patients. L’information, la reconnaissance de la maladie et l’éducation thérapeutique jouent également un rôle essentiel.
Cet article a pour objectif d’apporter une information claire et fiable sur l’algie vasculaire de la face. En cas de symptômes évocateurs, il est indispensable de consulter un professionnel de santé afin d’obtenir un diagnostic et une prise en charge adaptés.
Sources :International Classification of Headache Disorders (ICHD-3) – International Headache Society - Classification internationale de référence pour le diagnostic des céphalées, incluant l’algie vasculaire de la face.
Haute Autorité de Santé (HAS) – France - Recommandations et documents d’information sur les céphalées et leur prise en charge.
Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) - Dossiers de vulgarisation scientifique sur les maladies neurologiques et les mécanismes cérébraux impliqués.
Orphanet – Portail des maladies rares et des médicaments orphelins - Fiches détaillées sur l’algie vasculaire de la face, sa physiopathologie, son diagnostic et ses traitements.
Société Française d’Étude des Migraines et Céphalées (SFEMC) - Ressources professionnelles et documents pédagogiques sur les céphalées trigémino-autonomiques.
Mayo Clinic - Informations cliniques validées sur les cluster headaches, accessibles au grand public tout en restant médicalement rigoureuses.
National Institute of Neurological Disorders and Stroke (NINDS) – États-Unis - Données de référence sur les troubles neurologiques, incluant l’algie vasculaire de la face.
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